Pétrole à 105 USD : l'aérien peut-il encaisser le choc ?
Depuis le lancement de l'opération "Epic Fury", l'espace aérien du Moyen-Orient est devenu une zone dangereuse. Sur place, plusieurs hubs aériens sont particulièrement exposés, à l'instar de Dubai, Doha, Abu Dhabi, Bahreïn ou Tel Aviv.
Conséquence : entre le 28 février et le 4 mars, les aéroports de la région ont fait face à l'annulation d'environ deux tiers des vols. Pour les compagnies du Moyen-Orient (Emirates, Qatar Airways, FlyDubai, Etihad), les taux d'annulation ont atteint 75%, rapporte une note de Jefferies publiée hier.
Et la situation n'est pas appelée à évoluer rapidement : dès le début du conflit, Donald Trump évoquait quatre à cinq semaines d'opérations.
Par ailleurs, ce week-end, l'Irak, le Koweït et le Qatar ont annoncé une réduction de leur production afin d'éviter de saturer leurs capacités de stockage tant que le détroit d'Ormuz reste congestionné. Une décision qui n'a rien d'anodin : "Les arrêts de production impliquent un retour à la normale plus long, puisqu'il faudrait entre deux et quatre semaines pour retrouver la pleine capacité", souligne ce matin UBS.
"Tant que les flux en provenance du Moyen-Orient resteront fortement perturbés, le risque demeure à la hausse pour le pétrole", ajoute l'analyste.
Un impact variable selon les compagnies
Toutes les compagnies ne sont pourtant pas logées à la même enseigne. Ainsi, "les compagnies aériennes les plus immédiatement affectées sont celles dont les hubs se trouvent dans les pays concernés, tels que les Émirats arabes unis et le Qatar, ou celles disposant d'une couverture carburant limitée ou inexistante", rappelle-t-on chez Fitch Ratings. Etihad Airways serait la plus affectée opérationnellement parmi les compagnies notées par l'analyste, mais ses réserves de liquidité et le soutien de l'État limitent le risque pour sa note.
Il faut dire que les compagnies ne disposent pas des mêmes structures financières ni des mêmes niveaux de rentabilité. Chez Jefferies, on estime par exemple que, pour des groupes comme Delta, Southwest ou United, une hausse de 10% du prix du carburant pèserait sur les résultats mais resterait absorbable avec une baisse des profits estimées entre 15 et 20%.
En revanche, pour American Airlines qui part d'un niveau de rentabilité beaucoup plus faible et d'un endettement plus élevé, ce même choc pourrait réduire le BPA de... 65% ! La logique est implacable : lorsque les marges sont déjà limitées, une augmentation des coûts se traduit mécaniquement par une chute beaucoup plus forte des profits.
Des compagnies européennes moins exposées
Fitch Ratings estime en revanche que les compagnies aériennes européennes, plus diversifiées, disposent d'une marge suffisante dans leurs notations pour absorber les perturbations liées au conflit avec l'Iran... à condition que celui-ci ne dépasse pas quatre semaines.
La plupart des compagnies européennes disposent d'ailleurs de couvertures carburant qui atténuent l'impact à court terme de la hausse du pétrole, contrairement à de nombreuses compagnies nord-américaines, généralement moins couvertes et donc plus vulnérables aux variations rapides des prix du carburant.
Par conséquent, pour les grands groupes européens comme British Airways, Lufthansa, Air France-KLM ou Turkish Airlines, l'impact resterait globalement limité. En revanche, une compagnie comme AirBaltic est particulièrement sensible à la hausse du carburant en raison d'une couverture limitée, pointe l'analyste.
Toutefois, la prolongation du conflit pourrait entraîner une hausse durable des prix du pétrole et perturber davantage les liaisons aériennes entre l'Europe et l'Asie. Cela pourrait affaiblir la demande de transport aérien, créer une surcapacité et peser sur les revenus des compagnies, avec un risque pour leurs notations.
Ainsi, dans un secteur où les marges restent fragiles, la flambée du pétrole pourrait rapidement transformer les turbulences géopolitiques en turbulences financières.
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